Le récit
Ce matin, l'histoire d'un chirurgien français, prisonnier au bout du monde… et tué pour un simple geste de tendresse envers un enfant.
Nous sommes le 19 octobre, et aujourd'hui, on fête saint René Goupil.
René Goupil est baptisé en 1608, à Saint-Martin-du-Bois, en Anjou. Il apprend la chirurgie. Il rêve de devenir jésuite, et entre au noviciat, à Paris. Mais sa santé le trahit : il est un peu sourd, et il doit repartir.
Il ne renonce pas. En 1640, il part pour la Nouvelle-France. Près de Québec, il se met au service des missionnaires, comme simple laïc. Il fait les tâches les plus humbles, et il soigne les malades et les blessés.
À l'été 1642, le père Isaac Jogues part pour le pays des Hurons, qui ont grand besoin d'un chirurgien. Il emmène René. Mais le 2 août, sur le fleuve Saint-Laurent, leur convoi est attaqué. Des guerriers agniers, qu'on appelle aussi Mohawks, les font prisonniers. René dit simplement : « Dieu soit béni, il l'a permis, il l'a voulu. »
Commence alors une longue épreuve. On lui arrache les ongles, on lui écrase les doigts. Dans un village, on lui coupe le pouce. Et pourtant, blessé lui-même, René continue de soigner les autres, y compris ceux qui l'ont capturé. Prisonnier, il prononce devant Jogues ses vœux de jésuite. Jogues lui suggère de s'enfuir : il refuse.
Ils arrivent à Ossernenon, un village agnier, dans l'actuel État de New York. Un jour, dans une cabane, René voit un petit enfant de trois ou quatre ans. Il ôte son bonnet, le pose sur la tête de l'enfant, et trace sur lui un grand signe de croix. Un vieil homme de la cabane y voit une menace. Il ordonne qu'on le tue.
Le 29 septembre 1642, René rentre au village avec Jogues, en priant. Un jeune homme sort une hache cachée sous sa couverture, et le frappe. René tombe en prononçant le nom de Jésus. Jogues, à genoux près de lui, lui donne l'absolution. Il avait trente-quatre ans. Plus tard, la mère de l'enfant le confirmera à Jogues : c'est bien ce signe de croix qui lui a coûté la vie. Jogues l'appellera « un ange en innocence ».
René Goupil est le premier des huit martyrs du Canada à mourir. Il est canonisé en 1930.
Ce qu'on peut retenir de lui, croyant ou non, c'est peut-être cela : un homme qui, prisonnier et blessé, a continué de soigner, jusqu'à ceux qui le retenaient captif.
Le 19 octobre, on souhaite une bonne fête aux René et aux Renée.
Demain, sainte Adeline, que la tradition donne pour première abbesse des Dames blanches de Mortain, en Normandie. Et on fêtera les Adeline et les Aline.