Le récit
Ce matin, l'histoire d'un homme qui a passé sa vie à fuir… sa propre célébrité.
Nous sommes le 21 octobre, et aujourd'hui, on fête saint Hilarion.
Hilarion naît vers l'an 291, à Thabatha, un village au sud de Gaza. Ses parents sont païens. Jeune homme, il part étudier à Alexandrie, en Égypte. C'est là qu'il devient chrétien.
Il entend parler d'Antoine, l'ermite du désert égyptien, et va le voir. Mais autour d'Antoine, il y a trop de monde, et Hilarion cherche le silence. Alors il rentre chez lui. Ses parents sont morts : il donne son héritage à ses frères et aux pauvres, et s'installe seul dans le désert, près de la mer, non loin de Gaza. Selon son biographe, saint Jérôme, il vit dans une cellule si petite qu'on ne peut ni s'y tenir debout, ni s'y allonger.
Mais la solitude ne dure pas. On lui attribue des guérisons, on vient le voir de partout. D'autres le rejoignent, et il est considéré comme le fondateur de la vie monastique en Palestine. L'historien Sozomène raconte même que la famille de son propre grand-père est devenue chrétienne grâce à lui.
C'est là que commence une histoire étonnante. Hilarion se plaint : « Je suis retourné dans le monde. » Il veut partir. Selon Jérôme, dix mille personnes se rassemblent pour l'en empêcher. Il refuse alors de manger et de boire, et jeûne sept jours, jusqu'à ce qu'on le laisse s'en aller.
Il part pour l'Égypte, puis la Libye. Il embarque pour la Sicile, où il vit en vendant du bois. On le reconnaît. Il part en Dalmatie, sur l'autre rive de l'Adriatique. On le reconnaît encore. Jérôme raconte qu'il s'enfuit alors de nuit, dans une petite barque. Il finit à Chypre, dans un jardin isolé au milieu des montagnes. Il y meurt, à près de quatre-vingts ans.
Même mort, il n'a pas eu la paix. Son disciple Hésychius vole son corps à Chypre, et le ramène près de Gaza, dans son monastère.
Ce monastère a été retrouvé à la fin des années 1990, au sud de la ville de Gaza. En 2024, à cause de la guerre, l'Unesco l'a inscrit en urgence sur la liste du patrimoine mondial, et sur celle du patrimoine en péril.
Ce qu'on peut retenir de lui, croyant ou non, c'est peut-être cela : un homme qui a préféré le silence à la gloire, et qui a passé sa vie à lui échapper.
Le 21 octobre, on souhaite une bonne fête aux Céline.
Demain, sainte Élodie : avec sa sœur, une jeune chrétienne d'Aragon qui a refusé, au neuvième siècle, de renier sa foi. Et on fêtera les Élodie.